20/08/2008

D'Urfé et Goya, un art de l'angoisse ?

goya_saturne"D’un côté il voyait Saturne appuyé sur sa faux, avec les cheveux longs, le front ridé, les yeux chassieux, le nez aquilin, et la bouche dégoutante de sang, et pleine encore d’un morceau de ses enfants, dont il en avait un demi mangé en la main gauche, auquel par l’ouverture qu’il lui avait fait au côté avec les dents, on voyait comme panteler les poumons, et trembler le cœur. Vue à la vérité pleine de cruauté, car ce petit enfant avait la tête renversée sur les épaules, les bras penchants par devant, et les jambes élargies d’un côté et d’autre, toutes rougissantes du sang qui sortait de la blessure que ce vieillard lui avait faite, de qui la barbe longue et chenue en maints lieux se voyait tachée des gouttes de sang qui tombait du morceau qu’il tâchait d’avaler. Ses bras et jambes nerveuses et crasseuses, étaient en divers endroits couvertes de poil aussi bien que ses cuisses maigres, et décharnées. Dessous ses pieds s’élevaient de gros morceaux d’ossements, dont les uns blanchissaient de vieillesse, les autres ne commençaient que d’être décharnés, et d’autres joints  avec un peu de peau et de chair demi gâtée, montraient n’être que depuis peu mis en ce lieu.

Autour de lui on ne voyait que des sceptres en pièces, des couronnes rompues, de grands édifices ruinés, et cela de telle sorte, qu’à peine restait-il quelque légère ressemblance de ce que ça avait été." (Honoré d'Urfé, L'Astrée, 1627)

Tableau : Goya, Saturne dévorant ses enfants.

Alors, pastoral, le roman d'Honoré d'Urfé? Avouez que le XVIIe siècle n'a rien à envier à nos spécialistes contemporains de la littérature d'angoisse. Et pour ce qui est des illustrateurs, Francisco de Goya se pose un peu là.

(Note : le texte original a été adapté à l'orthographe contemporaine).

14:31 Écrit par Bibliophage dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, citations, litterature, goya, angoisse |  Facebook |

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