29/08/2008

Tout l'univers

Manguel_bibliotheque_nuitLa bibliothèque, la nuit d’Alberto Manguel, offre une réflexion érudite et complexe sur la bibliothèque. La table des matières elle-même en est une manière de structurer cet univers fascinant. Voici ma re-lecture de cette structuration.

  1. Un mythe, celui de Babel et d’Alexandrie, la Bibliothèque comme affirmation de l’unité humaine ou comme entreprise inépuisable de rendre compte de la diversité de l’humanité.
  2. Un ordre, celui du classement, domaine dans lesquels les bibliothèques privées sont livrées à l’imagination de leur propriétaire, alors que les bibliothèques publiques sont tenues de suivre un code compris par les usagers.
  3. Un espace : les bibliothèques, espace fini, souffrent systématiquement du manque de place, ce qui conduit à sélectionner les ouvrages qui pourront y rester. Mais elles sont autant un espace infini, celui, virtuel, du lecteur qui a le loisir de les explorer et d’accumuler un savoir encyclopédique.
  4. Un pouvoir, celui des livres eux-mêmes, le poids de leurs mots… « Puisque c’est écrit ! », mais aussi le pouvoir politique de sélectionner les livres, le pouvoir du souverain d’écrire des œuvres qu’il fera figurer dans les bibliothèques, certain ainsi de passer à la postérité.
  5. Une ombre, celle de la censure.
  6. Une forme, une architecture, une décoration intérieure, un plan des rayonnages, une hauteur.
  7. Le hasard, celui qui préside à la constitution du catalogue par les bibliothécaires successifs : achats, dons, legs, fusions, déménagements, pertes font la bibliothèque.
  8. Cabinet de travail : les écrivains et leur bibliothèque. « Le Carnet et les instants » y consacre une rubrique à chaque numéro, pour nous faire découvrir la bibliothèque d’un écrivain.
  9. Une intelligence : la bibliothèque, c’est la confrontation et l’association d’ouvrages, leur mise en réseau, une « multiplication géométrique » qui s’opère à chaque nouvelle réflexion sur ce qu’on lit.
  10. Une île : il est des gens qui n’entreront jamais dans une bibliothèque, d’autres qui se refusent à lire. La bibliothèque est l’île sur laquelle se retrouvent ses usagers, où ils se fraient « un chemin dans la multiplicité des livres ». Crespi_scaffale_con_libri
  11. La survie : ce sont les mêmes qui tuent les hommes et détruisent les livres, ce sont les mêmes qui protègent les livres et sauvent l’humanité.
  12. L’oubli, les livres qu’on a lus à une certaine époque, oubliés et redécouvert, l’oubli imposé par la censure, l’érudition, l’esthétique d’une époque, les populations privées de lecture, les collections démantelées. Lire, c’est lutter contre l’oubli.
  13. L’imagination, c’est-à-dire ce goût particulier de collectionner des livres imaginaires (Voir la Bibliothèque de Rabelais, celle de Dickens, de Lovecraft). Pour une vision très contemporaine de cet imaginaire, "L'affaire Jane Eyre" et ses suites, de Jasper FForde, un vrai régal.
  14. Une identité. Bibliothèque Royale de Belgique, British Library, Library of Congress, Bibliothèque nationale de France, tant de bibliothèques nationales. Mais à côté, une myriade de bibliothèques cosmopolites, reflétant les identités multiples de leurs lecteurs.
  15. Une demeure : grâce aux livres, le monde est ma maison, l’Histoire, mon histoire. De Spartacus à Lumumba, de Dante à Whitman, du pays forézien de l’Astrée à la forêt d’émeraude, je voyage immobile dans cette bibliothèque cosmopolite, mon chez-moi.

Et Manguel termine sur cette question : sachant maintenant tout cela, qu’est-ce que je cherche, dans ma bibliothèque ? Une consolation ?

Je pourrais lui répondre : l’important, c’est de chercher.

18:35 Écrit par Bibliophage dans Bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture, classement, lecteur |  Facebook |

28/08/2008

Salle de lecture

Chaque matin, quand j'arrive sur le quai du métro, je regarde autour de moi, émerveillée en me disant que je me trouve dans la plus grande salle de lecture de la capitale. Debout au bord du quai, une femme et une jeune fille lisent, à deux pas l'une de l'autre. La première, dos bien droit, tient son livre de la main gauche et son sac dans l'autre. Pour tourner les pages, elle hisse le sac vers le haut, le laisse tomber dans le creux de son coude, l'index fermement tendu fait gondoler la feuille qui se rend, s'aplatit, le bras se baisse, le sac glisse et rejoint la main. La deuxième, dont le corps se désarticule dans ce déhanchement adolescent qui défie en permanence la gravité, s'agrippe des deux mains à son livre comme s'il était son dernier rempart contre la force gravitationnelle, c'est son pouce droit qui fait office de tourne-pages, ses cheveux bouclés font un paravent doré qui l'isole du reste du monde.

en lisant sur le quaiDans la rame, des gens lisent assis ou debout (les plus nombreux). Des journaux, bien sûr (La Dernière Heure, Metro, rarement les autres, ça doit être une question de format), des magazines. Des livres...

Une jeune femme s'installe contre la paroi et ouvre son "Harry Potter et les reliques de la mort". Un broché, grand format. La rame est un de ces ignobles monstres gris, bruns et malodorants où les passagers debouts, contraints de s'agripper à de petites poignées suspendues, valdinguent à chaque cahot. Lire dans ces conditions est une gageure que tentent pourtant de tenaces lecteurs pas découragés par la bousculade. Je vois la couverture d'Harry Potter osciller au gré des balancements du métro. La jeune fille lit, indifférente.

Quand je descends de la rame, je croise une jeune homme qui tient son livre ouvert collé contre son torse, "La Part de l'autre", d'Eric-Emmanuel Schmitt. Le jeune homme attend patiemment de pouvoir monter dans le wagon pour reprendre la lecture interrompue par l'arrivée du métro.

Sur l'escalator, on en aperçoit qui coincent leur index dans un livre serré dans leur main, pour "garder la page" jusqu'au moment où ils pourront se planter quelque part et reprendre là où ils en étaient.

Sur les quais, certains recherchent l'appui des murs ou s'asseoient à même le sol. Obéissant à un signal indétectable, ils se redressent ou se relèvent brusquement sans quitter la page des yeux et avancent vers le bord du quai en louvoyant entre les passagers. Si la rame s'arrête de manière à les mettre en face de la porte, il leur faut plusieurs secondes avant de réaliser que c'est à eux de tirer la poignée ou de pousser le bouton. Souvent, un autre passager s'incline devant eux et actionne l'ouverture avant de laisse passer ces voyageurs de l'imaginaire.

Les auteurs du moment: Stieg Larsson, Galvada, Rowlings.

Pour l'instant, ma lecture dans le métro, c'est "Le Cinéphile", de Walker Percy.

Il n'y a pas que dans le métro qu'on lit, évidemment. Les moyens de transport en général, avion, train, bateau, etc. composent et recomposent sans cesse cette grande salle de lecture, un royaume des livres transitoire. Pour un coup d'oeil sur un choix de ces lectures baladeuses, ici.

14:44 Écrit par Bibliophage dans Bibliothèque mobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : metro, lecteur |  Facebook |

27/08/2008

Blogs de libraires

Quelques blogs (ou sites) de libraires, pour découvrir les nouveautés, lire les conseils et pourquoi pas, commander en ligne ou se rendre sur place (voyager entre les rayonnages, d'un étage à l'autre, toucher les livres, les prendre, les feuilleter, sentir la bonne odeur du papier neuf et de l'encre d'imprimerie, fouiller dans les bacs des livres d'occasion, profiter du sourire du/de la libraire, hmmm...)

Papyrus : blog de la librairie Papyrus, 16 rue Bas de la Place à Namur.

Graffiti, 129-131 Ch. de Bruxelles - 1410 Waterloo Belgique

Librairie de Rome, 16A, rue Jean Stas, 1060 Saint-Gilles. Une véritable institution bruxelloise, annonce le site de la librarie. Eh oui! On l'aime depuis toujours, depuis l'époque où elle nichait Avenue Louise, mais on aimerait un site un peu moins vénérable...

Filigranes, Avenue des Arts, 39-40 (Entre rue de la Loi et rue Belliard), 1040 Bruxelles. Ah, Filigranes, la destination des dimanches après-midi en famille, promenade littéraire à travers les rayons et consommation lente de café au son d'un piano jazz raffiné, entouré de lecteurs alanguis sur les divans. Que demande le peuple?

Kuroda Seiki reading

Blogs littéraires

Chr._Curien_Dumezil_KebapQuelques blogs à découvrir...

Post It littéraire, blog de Nicolas Ancion; j'ai relevé ce billet : "Comment lire un recueil de nouvelles en classe ?" Surprenant.

Lire est un plaisir, journal d'un chroniqueur littéraire, un blog très, très fouillé, bourré de références et de notices. Brèves, les notices, mais qui vous donnent chaque fois envie de découvrir l'ouvrage recensé.

Biblioblog, un autre site bourré de recommandations. Amusant, le jeu des énigmes. A découvrir.

Bibliotheca, Dans l'univers du livre. De tout, de tout, de tout. Présentation élaborée des livres avec, en plus, des extraits pour beaucoup.

Theo_van_Rysselberghe_La_Lecture

26/08/2008

Ma bibliothèque

Elle est spacieuse, conviviale, bien éclairée. Les rayons sont bien remplis, dans l'espace jeunesse comme dans celui des adultes. Des tables et chaises pour travailler, des postes internet, mais aussi des fauteuils où s'installer pour lire une revue ou feuilleter un ouvrage d'art. L'équipe est accueillante, encode vos emprunts avec le sourire, vous offre ses conseils et vous aide à explorer les rayons avec gentillesse. Grande consommatrice de livres que je suis, je leur donne du boulot!

J'aime particulièrement le concept d'une exposition thématique autour de livres ou d'auteurs. L'exposition sur les coquillages était particulièrement réussie, donnant à voir des objets surprenants et suscitant l'envie de découvrir ce monde étrange et splendide à la fois. Pour l'instant, le thème, c'est le Japon. En parcourant l'espace jeunesse, ma fille de dix ans s'est découvert l'envie d'apprendre le japonais! Un plus: le petit fascicule distribué au cours de l'expo et après, reprenant la liste des ouvrages. Histoire de lire plus loin.

Bibliotheque_herge

Bibliothèque Communale Hergé
211 avenue de la Chasse, 1040 Bruxelles
(à proximité de la place Saint-Pierre)
02/735.05.86

biblio.herge@skynet.be

http://www.biblioherge.be/index.html

La bibliothèque organise diverses activités au cours de l'année : animations pour les tous-petits, ateliers lecture, ateliers d'écriture, etc. Catalogue en ligne.

16:28 Écrit par Bibliophage dans Bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Lecture : Anita Brookner, "Regardez-moi"

anita_brookner_regardez_moi
"Une fois que l'on sait une chose, on ne peut plus jamais ne pas la savoir."

C'est ainsi que l'héroïne du roman d'Anita Brookner, "Regardez-moi" commence un long monologue, une lente description d'une amitié qui naît, croît et meurt. Celle qui s'exprime est une femme solitaire, qui vit dans un grand appartement, travaille dans une bibliothèque et écrit, discrètement, des romans. Un homme croise son chemin, n'arrive pas à la faire sortir de sa réserve, sort de son orbite. Entre aimer et écrire, elle choisit.

Il paraît que ce qui compte, dans les ouvrages de Brookner, ce n'est pas ce qui se passe, c'est la manière dont elle rapporte l'inexorable chemin vers l'échec de ses personnages. Echec de l'amour, triomhe de la solitude, l'écriture devient un refuge, les sentiments sont mieux faits pour être décrits que pour être vécus. Mais aurais-je lu cet ouvrage s'il ne s'était pas agi de bibliothèque ? Franchement, je ne pense pas.

Celle où l'héroïne travaille est un peu particulière. Elle a à son catalogue une collection de peintures et de photographies en rapport avec le corps humain et surtout la maladie. Elle a peu d'usagers (trois ou quatre), un conservateur tâtillon et deux employées, l'héroïne et son amie Olivia. L'une souffre d'un handicap social, cette trop grande réserve qui l'empêche de se connecter aux autres, l'autre d'un handicap physique qui la condamne au fauteuil roulant.

Personnage de roman : la bibliothécaire vieille fille.

16:02 Écrit par Bibliophage dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bibliothecaire, personnage de roman |  Facebook |

24/08/2008

D'antiques préoccupations

bibliotheque-alexandrie-reconstitution

Dans "La bibliothèque, la nuit", Alberto Manguel ouvre sur la reproduction d'une pierre, tout ce qu'il reste d'une bibliothèque athénienne, sur laquelle un texte en grec ancien communique l'avis suivant : "Ouvert de la première à la sixième heure. Il est interdit d'emporter des oeuvres".

Comme quoi, dès l'invention des bibliothèques, on a été confronté à des problèmes cruciaux: les heures d'ouverture et la question de l'emprunt des ouvrages.

Au XIVe siècle, les premières salles de lecture, celles des collèges d'université, étaient nanties de pupitres inclinés sur lesquels on disposait les ouvrages et auxquels on les enchaînait (si, si, comme dans la bibliothèque de l'Université de l'Invisible). Histoire d'éviter qu'un lecteur ne commette un "emprunt".

N'empêche, on se demande quels étaient les horaires d'ouverture de la bibliothèque d'Alexandrie...

19:31 Écrit par Bibliophage dans Bibliothèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : acces, horaire |  Facebook |