27/02/2009

Fureur de lire 2007, le lauréat

Jean-François Bourdoulous, «Les mauvaises intentions», Evron, France, Grand Prix de la Communauté française dans le cadre du concours de nouvelles, Fureur de lire.

Synopsis

Une famille passe deux semaines de vacances à Saint-Malo.

Le fils, seize ans, se trouve très moche. Il n’a pas d’ami et ne cherche pas à en avoir.

La mère est belle, dépense beaucoup et fume trop.

Le père travaille et téléphone beaucoup.

Tous trois s’ignorent pendant l’année et trouvent la cohabitation en vacances plutôt malaisée.

Quelques jours après le début du séjour, le fils part se promener tôt matin et rencontre le garçon. Celui-ci a dix-sept ans et est très beau. Les deux jeunes gens s’entendent bien et décident de passer du temps ensemble.

La mère s’amène et suscite le désir du garçon. Celui-ci est invité à partager le repas du soir. Le fils est si jaloux qu’il a envie de tuer sa mère. Il veut garder le garçon pour lui tout seul.

Quelques jours plus tard, le fils trouve dans la poche du pantalon du garçon un mot de sa mère, fixant un rendez-vous au garçon. Le fils force le garçon à lui donner ses vêtements et va au rendez-vous à sa place.

Dans le noir, la mère prend son fils pour le garçon et l’embrasse sur les lèvres puis sur tout le corps. Le fils la baise avec brutalité puis s’en va. La mère est détruite.

Thématique

beauté, famille, inceste fils-mère, jalousie, laideur, rendez-vous, vol d’identité, violence sexuelle.

Style

Il est du genre qu’on est tenté d’appeler « minimaliste ».

Quelques statistiques pour illustrer mon propos :

v     Le texte fait 41 paragraphes, 330 phrases, 2232 mots, 12.026 signes.

v     10 phrases d’un seul mot : « Moche. Vilain. Affreux. Déformé. Monstrueux. Trop. Paris. Indéfinissable. Saint-Malo. Carnassier. »

v     24 phrases de deux mots : « Si proches. Si longtemps. Très beau. Très brun. Très fin. Presque maigre. Bronzé aussi. Son ami. Des amis. Du soleil. Un ami. Oublier Paris. Il souffre. De désespoir. De rage. De déception. Le fils. Le garçon. De désir. Elle rit. Puis brutalement. Elle crie. Elle aime. Il jouit. »

v     36 phrases de trois mots : « Juste un instant. – Les mouettes crient. – Ils s’apprécient. - C’est l’été. – Il se retire. – Et c’est tout.  – etc. »

v     Avec 52 phrases de quatre mots et 37 phrases de cinq mots, l’auteur arrive à réaliser le tour de force d’écrire plus de la moitié de son texte en phrases de cinq mots maximum, dont 74 phrases sans sujet. Quand on vous dit que c’est « minimaliste ».

 

Illustration (la phrase la plus longue fait dix mots) : « Ils sont quatre à table ce soir. Ils sont sur la terrasse. Ils dégustent des fruits de mer. Le garçon est là. À côté du fils. En face de la mère. Elle pose des questions. Beaucoup de questions. Le fils ressent une douleur au ventre. Il voudrait qu’elle s’étrangle. Qu’elle étouffe. Qu’elle disparaisse. Qu’elle meure. À chaque question qu’elle pose, il voudrait la tuer. Le garçon répond poliment. Il est à l’aise. Il aime répondre aux questions de la mère. Il aime la mère. Le fils le voit sur son visage. Un visage illuminé. De toute beauté. Il est jaloux. Il ne sait pas pourquoi. … »

Propos

En refusant de nommer ses protagonistes, l’auteur banalise absolument tout ce qui se rapporte à eux. On démarre sur une série de clichés : le père travaille, la mère se contente d’être belle et dépensière, le fils n’a pas d’amis. Ils sont en vacances à la mer.

L’élément perturbateur, ce n’est pas le garçon, mais sa rencontre avec la mère. On ne sait pas grand-chose du garçon, sinon qu’il est beau et que, lui, ses parents s’en occupent. Et qu’il veut être artiste « comme tous les jeunes de son âge ». Le beau cliché que voilà !

Il suffit que la mère arrive sur la plage et tout le monde la regarde. Elle est belle. Elle inspire le désir. Au départ, on croit que c’est le garçon qui est séduit. Mais non, c’est la mère qui désire le garçon, qui « n’a jamais connu ça avant ».

On ne comprend pas trop bien les réactions du fils. Il est jaloux, mais de quoi ? Du garçon, de la relation qu’il développe avec la mère, de l’attention que celle-ci lui porte ? On ne sait pas. Pourtant, on est invité à croire que cette jalousie le porte vers des sentiments violents : « Il voudrait qu’elle s’étrangle. Qu’elle étouffe. Qu’elle disparaisse. Qu’elle meure. (…) il voudrait la tuer. (…), le fils pleurait. De désespoir. De rage. (…) Il pourrait l’étrangler. La faire disparaître. Il le désire. Un désir vorace. Carnassier. »

Qu’est-ce qui fait tant souffrir le fils? Que le garçon vienne s’immiscer entre lui et la mère ? Difficile à croire, alors que le début du texte nous a informés sur l’indifférence réciproque entre les membres de cette famille.

Lui reproche-t-il de trahir son mari ? Mais alors, il aurait suffi au fils de confronter sa mère au moment où elle arrive au rendez-vous, ça lui aurait fait une belle leçon. Ah oui, j’oubliais, dans ce cas, il n’y aurait pas eu d’inceste.

On pourrait croire que le nœud du problème serait dans un désir d’amitié de la part d’un jeune homme plutôt solitaire, ou même, c’est sous-jacent dans le texte, d’un désir tout court :

« Le fils se sent bien avec le garçon. (…)Une heure après leur rencontre, ils sont déjà amis. (…) Le fils part rejoindre ses parents, une drôle de sensation au ventre. Indéfinissable. (…) Il le veut pour lui tout seul. Son ami. Son seul ami. Le corps du garçon est tanné. Celui du fils semble nacré. Leurs peaux s’opposent mais ils sont ensemble. (…)Vivre comme ça. Et mourir comme ça. À côté du garçon. (…) Il regarde le garçon s’éloigner. Il regarde sa silhouette. Sa démarche. Il est fier. C’est son ami. » De nouveau, pourquoi ne pas s’expliquer avec le garçon et/ou avec sa mère, au lieu de se substituer au garçon ? Ah oui, j’oubliais, dans ce cas, il n’y aurait pas eu d’inceste.

 

Au fond, ce qui m’ennuie dans cette nouvelle, c’est que, campant ses personnages d’une manière stéréotypée et développant une intrigue assez plate dans un style dépourvu de relief, l’auteur essaie de nous amener à une empathie envers un personnage masculin qui commet par caprice un acte violemment amoral dont la victime est un personnage féminin, qu’il s’est en quelque sorte arrogé le droit de châtier et même de détruire.

L’auteur reprend plus ou moins le même procédé dans la nouvelle « Par omission » avec laquelle il a remporté le concours 2008 d’écriture de nouvelles, Ecrire pour Chatel, organisé par la Mairie de Châtelaillon-Plage. Le personnage principal évoque ses souvenirs heureux (il a rencontré une fille, ils se sont aimés, mariés, ils ont eu un enfant qu’ils adorent, ils s’apprêtaient à partir en vacances au soleil) pendant qu’il trimballe dans sa voiture, le long d’une route au bord de l’Atlantique, le cadavre de son bébé, qu’il a oublié de conduire à la crèche en partant au travail et qu’il a laissé toute la journée dans sa voiture. C’est envers celui qui détruit l’autre que nous sommes invités à éprouver de la compassion. 

Recette pour obtenir un prix littéraire

Choisir un style mode : D’abord écrire des phrases courtes. Très courtes. Qui font coup de poing. De temps en temps, pour alléger le cerveau endolori du lecteur, insérer une phrase de plus de dix mots. Eviter de joindre dans une même phrase une proposition principale et une proposition subordonnée. Privilégier les phrases sans sujet ou sans verbe ou sans les deux.

Choisir un sujet mode : l’inceste, le viol, l’infanticide (par omission), etc.

Choisir un point de vue mode : traiter le sujet du point de vue de celui qui provoque la destruction de l’autre, en se proposant de faire vibrer le lecteur en sympathie avec ce personnage.

Remarque : plus c’est sordide, mieux c’est.

Commentaires

ça fait mal... bonjour je suis l'auteur de ces nouvelles. tous ces mots mauvais à mon encontre. ça fait mal. j'écris par plaisir et non par orgueil. ça passe mon temps de participer à des concours, et je suis le premier surpris lorsque je gagne. mais je n'étais pas préparer à des critiques. je suis triste et votre article me touche profondément. je ne dis pas que vous n'auriez pas du. c'est votre travail. c'est le jeu. j'avais écris ça comme ça... Par omission est un sujet qui me touche vraiment. je voulais juste me mettre à la place de ce pauvre homme qui voit sa vie et celle de son fils gâchée à cause d'un "oubli". Je ne sais plus quoi penser... peut-être serait-il mieux pour moi d'éviter d'écrire... moi qui aime tant ça.

Écrit par : bourdoulous | 09/03/2009

Réponse à M. Bourdoulous Votre accueil de mon billet me surprend et me désole. Comme vous le dites vous-même, c'est la règle du jeu. A partir du moment où on est publié, il faut pouvoir endurer les critiques et qui sait, en tirer les aspects constructifs. Je n'aime pas ce que vous écrivez, soit. Mais cet avis n'est qu'un parmi d'autres, et vous pouvez vous targuer de deux prix littéraires pour m'infliger un démenti. Quand à vous ôter le goût d'écrire... Franchement, ce n'est pas la peine de m'attribuer sur vous ou sur la réalité en général plus de pouvoir que j'en ai ou que j'en souhaite. Bon courage.

Écrit par : Bibliophage | 16/03/2009

Chacun son avis Bonjour,je viens de trouver cet article sur les nouvelles de M.Bourdoulous parce qu'en fait je voulais en savoir un peu plus sur l'auteur. C'est vrai que c'est la règle du jeu que d'être critiqué dans le bon comme dans le mauvais sens, et en effet on en peut pas plaire à tout le monde. Je me permets de dire à M.Bourdoulous, s'il me lit un jour, qu'il ne doit pas se décourager pour une critique négative car quand je pense aux prix littéraires qu'il a reçu, je pense aussi à tous ceux qui écrivent chez eux et qui n'ont pas cette reconnaissance...J'ai eu l'occasion de lire une de vos premières nouvelles, puis ayant eu un véritable "coup de foudre" j'ai essayé de trouver les autres, et j'ai également vu que vous aviez publié un roman! J'aime votre style. A moi il me parle, il me touche, comme à tous ces jurés qui ont décidé que vous auriez le prix. Vos textes sont forts, pas franchement politiquement correct, et cela peut en perturber plus d'un. Alors, j'éspère que vous ne serez pas déçu trop longtemps, que vous retrouverez la motivation, car une critique comparé à la reconnaissance que vous avez déjà eu et que bien d'autres n'auront jamais ne doit pas faire le poids sur votre motivation à écrire. Voilà M. Bourdoulous, croiyez-moi vous avez du talent, biensur ce n'est encore qu'un avis vous allez me dire, mais c'est aussi l'avis de ces personnes qui vous ont primées et de ceux qui plus tard vous donneront à nouveau des prix.
Agathe.

Écrit par : Agathe | 22/03/2009

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