28/08/2008

Salle de lecture

Chaque matin, quand j'arrive sur le quai du métro, je regarde autour de moi, émerveillée en me disant que je me trouve dans la plus grande salle de lecture de la capitale. Debout au bord du quai, une femme et une jeune fille lisent, à deux pas l'une de l'autre. La première, dos bien droit, tient son livre de la main gauche et son sac dans l'autre. Pour tourner les pages, elle hisse le sac vers le haut, le laisse tomber dans le creux de son coude, l'index fermement tendu fait gondoler la feuille qui se rend, s'aplatit, le bras se baisse, le sac glisse et rejoint la main. La deuxième, dont le corps se désarticule dans ce déhanchement adolescent qui défie en permanence la gravité, s'agrippe des deux mains à son livre comme s'il était son dernier rempart contre la force gravitationnelle, c'est son pouce droit qui fait office de tourne-pages, ses cheveux bouclés font un paravent doré qui l'isole du reste du monde.

en lisant sur le quaiDans la rame, des gens lisent assis ou debout (les plus nombreux). Des journaux, bien sûr (La Dernière Heure, Metro, rarement les autres, ça doit être une question de format), des magazines. Des livres...

Une jeune femme s'installe contre la paroi et ouvre son "Harry Potter et les reliques de la mort". Un broché, grand format. La rame est un de ces ignobles monstres gris, bruns et malodorants où les passagers debouts, contraints de s'agripper à de petites poignées suspendues, valdinguent à chaque cahot. Lire dans ces conditions est une gageure que tentent pourtant de tenaces lecteurs pas découragés par la bousculade. Je vois la couverture d'Harry Potter osciller au gré des balancements du métro. La jeune fille lit, indifférente.

Quand je descends de la rame, je croise une jeune homme qui tient son livre ouvert collé contre son torse, "La Part de l'autre", d'Eric-Emmanuel Schmitt. Le jeune homme attend patiemment de pouvoir monter dans le wagon pour reprendre la lecture interrompue par l'arrivée du métro.

Sur l'escalator, on en aperçoit qui coincent leur index dans un livre serré dans leur main, pour "garder la page" jusqu'au moment où ils pourront se planter quelque part et reprendre là où ils en étaient.

Sur les quais, certains recherchent l'appui des murs ou s'asseoient à même le sol. Obéissant à un signal indétectable, ils se redressent ou se relèvent brusquement sans quitter la page des yeux et avancent vers le bord du quai en louvoyant entre les passagers. Si la rame s'arrête de manière à les mettre en face de la porte, il leur faut plusieurs secondes avant de réaliser que c'est à eux de tirer la poignée ou de pousser le bouton. Souvent, un autre passager s'incline devant eux et actionne l'ouverture avant de laisse passer ces voyageurs de l'imaginaire.

Les auteurs du moment: Stieg Larsson, Galvada, Rowlings.

Pour l'instant, ma lecture dans le métro, c'est "Le Cinéphile", de Walker Percy.

Il n'y a pas que dans le métro qu'on lit, évidemment. Les moyens de transport en général, avion, train, bateau, etc. composent et recomposent sans cesse cette grande salle de lecture, un royaume des livres transitoire. Pour un coup d'oeil sur un choix de ces lectures baladeuses, ici.

14:44 Écrit par Bibliophage dans Bibliothèque mobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : metro, lecteur |  Facebook |